Les Annonces Landaises : Vous avez un vrai attachement au Sud-Ouest ?
Serge Labégorre : Mon père avait une grande maison à Aramits, dans la vallée de Barétous en Béarn. Mon oncle vivait à Biarritz. La famille s’y retirait trois mois par an. Ma chambre donnait directement sur les vagues. Et puis, j’avais des amis très chers dans les Landes. D’où mes tableaux par exemple de l’église Sainte-Eugénie à Biarritz, de la plage d’Hossegor ou de l’Estacade de Capbreton. Surtout, depuis plus de 10 ans, ma fille Sophie dirige une galerie restaurant à Seignosse(*) où sont exposées bon nombre de mes créations et qui met en lumière le travail d’artistes contemporains de premier plan.
LAL : Vous êtes classé parmi les expressionnistes. Est-ce que cela vous convient ?
S. L. : Oui, tout à fait. L’expression est le reflet de l’âme. Je reconnais l’importance de l’expression de la couleur et du mouvement, mais pour moi, les émotions doivent être dites simplement. Je ne vois pas pourquoi il faudrait gommer les émotions et leurs sources. J’ai choisi le figuratif, car c’est le plus court chemin d’homme à homme. C’est le figuratif qui crée une immédiate complicité avec celui qui regarde le tableau.
J’ai choisi le figuratif, car c’est le plus court chemin d’homme à homme.
LAL : Quelles ont été vos influences ?
S. L. : Henry Charnay, qui enseignait le dessin et la peinture au lycée de Libourne, a été pour moi un professeur extraordinaire. Il m’a tout appris. Je lui dois ma vocation. Par ailleurs, j’ai été ébloui par Bernard Buffet et bien sûr, Paul Cézanne, Vincent Van Gogh et Picasso.
LAL : Comme une vraie consécration, on trouve vos œuvres dans les plus illustres galeries de Paris, Bordeaux, Bruxelles, Genève, Londres, Porto, Tokyo, New York ou San Francisco. La force créatrice vous a gagné dès votre plus jeune âge. Est-ce encore le cas ?
S. L. : J’ai commencé à dessiner à l’âge de trois ou quatre ans. J’étais fasciné par le dessin. À 14 ans, j’étais en seconde, j’ai eu la tuberculose. Un seul remède : le repos et la suralimentation. Je pouvais passer huit heures à peindre. D’une certaine façon, cette maladie a été mon alliée. Aujourd’hui, je peins tous les jours. Dès que je me lève, j’ouvre la porte de mon atelier. Je ne planifie rien. Je me laisse surprendre. Je trace plusieurs possibilités et le lendemain, certaines me « parlent » plus que d’autres, souvent parce que j’y retrouve des traits liés à ma famille.

L’Arrivée à Strinquel – Serge Labégorre © D. R.
LAL : Vos acryliques sont des nus, des Christs, des papes et cardinaux, des maisons, des scènes de plage, des paysages, quelques natures mortes, mais la majorité sont des portraits. Vous regardez vos modèles droit dans les yeux. Un peu comme des face-à-face introspectifs ?
S. L. : Pour moi, le visage est l’incarnation de l’âme. Je suis dans une constante quête métaphysique. J’explore la diversité, la complexité de l’âme humaine, le fond de soi, la densité de la vie intérieure, car je suis un amoureux de l’humain.
LAL : Vos personnages ne sourient pas. Les fonds souvent noirs, les couleurs intenses et les coups de pinceaux fulgurants traduisent-ils une forme de sarcasme ou de caricature envers vos modèles ?
S. L. : Non, il n’y a ni sarcasme ni caricature. Le noir est le meilleur moyen pour détourer et préciser les formes. Je peins souvent le fond après le personnage, mais il n’y a pas de principe, il faut être libre. Je dessine les gens qui sont proches de moi et que j’aime. J’ai souvent pris ma mère comme modèle car c’était une très belle femme et une chanteuse magnifique. Je n’ai jamais douté de son amour. Récemment, j’ai retrouvé une peinture que j’avais faite pour elle. Cela m’a mis la larme à l’œil.

Mère – Serge Labégorre © D. R.
LAL : Votre travail sur l’âme humaine à travers vos portraits vous a-t-il apporté des certitudes sur l’homme ?
S. L. : Ma seule certitude est l’infinie richesse de l’homme. Je suis un humaniste et peindre plusieurs heures chaque jour me permet d’échapper au désenchantement de l’époque qui n’est pas un long fleuve tranquille.