Couverture du journal du 01/02/2026 Le nouveau magazine

Région – L’artisanat néo-aquitain face aux difficultés financières

Alors que 72 % des artisans néo-aquitains se déclarent en fragilité financière, Gérard Gomez, président de la CMA Nouvelle-Aquitaine, alerte sur les incertitudes budgétaires qui menacent l'apprentissage et l'accompagnement des entreprises.

GÉRARD GOMEZPrésident de la chambre de métiers et de l'artisanat Nouvelle-Aquitaine © Gaetan Leprevost

« En ce début d’année, mes vœux pour l’artisanat sont simples : visibilité, stabilité fiscale, sociale pour permettre d’investir, de former, transmettre, embaucher. Des vœux également pour une véritable simplification des normes qui deviennent un frein majeur à l’activité économique. Et enfin des vœux pour que l’apprentissage soit traité comme un investissement stratégique et non comme une variable d’ajustement du budget de l’État », résumait Gérard Gomez, président de la chambre de métiers et d’artisanat (CMA) Nouvelle-Aquitaine, le 20 janvier dernier, en préambule à la présentation des chiffres clés de l’artisanat régional.

Selon les données issues du croisement des fichiers de CMA France et de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle), au 1er janvier 2026, la région compte 185 366 entreprises artisanales actives. Dans ce secteur qui enregistre une perte moyenne de 2 650 entreprises par an depuis trois ans, les services arrivent désormais en tête (40 %), suivis du bâtiment (35 %), de la production (15 %) et de l’alimentation (10,5 %).

La microentreprise toujours en pointe

Le tissu artisanal régional se caractérise par la prédominance de très petites structures : 80 % des entreprises n’ont pas de salarié, 9 % emploient un à deux salariés, 8 % entre trois et neuf salariés, et seulement 3 % comptent 10 salariés et plus. Côté ancienneté, 29 % ont moins de trois ans, 41 % sont en phase de développement (entre trois et 10 ans) et 30 % en phase de maturité. En termes de structures juridiques, la part des entrepreneurs individuels atteint 68 %, confirmant l’essor du régime de la microentreprise. « Cette évolution traduit la recherche de souplesse, de développement d’activité complémentaire et une adaptation au contexte économique plus contraint », analyse Gérard Gomez. En 2025, les microentreprises représentent 77 % des immatriculations sur 23 425 entreprises artisanales créées (contre 24 791 en 2022). « Ce sont parfois des activités montées en parallèle d’une activité salariée et parfois éphémères. Seuls 28 % des microentrepreneurs immatriculés en 2018 étaient encore actifs cinq ans plus tard. » Globalement, les créations demeurent dominées par les services (49 %) et le bâtiment (27 %), avec dans le top 5 des activités, le nettoyage des bâtiments, les soins de beauté hors salon, les services administratifs, la maçonnerie générale et le secteur des plats à emporter, dynamisé par l’essor des food trucks.

La conjoncture reste toutefois fragile, avec une hausse des défaillances de 10 % par rapport à 2024, les services et la construction étant les plus affectés. « Si ces chiffres sont inquiétants, notamment en Dordogne, dans la Creuse et en Gironde qui ont le plus souffert, la hausse des défaillances semble ralentir », tempère Gérard Gomez.

Un secteur sous pression économique

L’étude « L’artisanat néo-aquitain face aux mutations économiques », menée entre le 31 octobre et le 1er décembre 2025 auprès de 515 entreprises, dresse quant à elle le portrait d’un secteur sous tension. 57 % des répondants manquent de confiance dans l’avenir de leur entreprise, en hausse de neuf points par rapport à 2024. Plus préoccupant encore, 72 % se déclarent en situation de fragilité financière, dont 43 % en situation critique. Parmi ces derniers, 30 % se disent en situation potentielle de dépôt de bilan dans les six mois. En tête des difficultés rencontrées, la baisse du pouvoir d’achat des clients (73 %), devant le coût des matières premières (44 %) et la baisse des carnets de commandes (40 % en moyenne et 53 % dans le BTP). Par ailleurs, 39 % des artisans déclarent rencontrer des difficultés à vivre exclusivement de leur activité. Une fragilité que la CMA attribue également à la disparition de la formation obligatoire à la gestion d’entreprise depuis la mise en place, en 2021, du guichet unique et la dématérialisation de la création d’entreprise. « Nous réfléchissons actuellement avec les experts-comptables et d’autres acteurs de la vie économique à la création d’un « passeport pour entreprendre », dédié aux créateurs. On ne se met pas au volant d’un 38 tonnes sans permis de conduire », illustre Gérard Gomez.

En matière d’emploi et de compétences, les stratégies restent prudentes mais stables : 83 % des répondants prévoient de maintenir leur effectif, seuls 5 % envisagent de recruter. Si 35 % projettent de se former en 2026, et 8 % de former leurs salariés, 57 % n’ont aucun projet de formation. « Le maintien de l’emploi reste pour moi crucial et représente bien les valeurs de l’artisanat, souligne le président. Le dirigeant de petite entreprise artisanale va rogner sur ses marges, faire des sacrifices mais conserver ses effectifs. »

Le nettoyage de bâtiment figure en tête des entreprises artisanales créées en 2025. © Shutterstock

La question brûlante de la taxe consulaire

Gérard Gomez, président de la CMA Nouvelle-Aquitaine, dénonce le non-respect par l’État de l’accord conclu sur la taxe pour frais de chambre de métiers. « Nous avions un pacte avec l’État qui prévoyait de lui restituer les cotisations des artisans à hauteur de 60 millions d’euros entre 2023 et 2027. Alors que le montant était fixé pour 2026 à 13,2 millions, l’État nous demande un versement de 24 millions », s’indigne-t-il. Des ressources en moins qui risquent de contraindre les CMA à réduire leur accompagnement de proximité aux entreprises artisanales et menacent « la capacité à maintenir un haut niveau de formation et d’accompagnement des apprentis », s’inquiète Gérard Gomez. Alors que le nombre d’apprenants au 31 décembre 2025 est en baisse avec 11 982 inscrits dans les Centres de formation d’apprentis, soit 700 de moins qu’un an auparavant (- 5,5 %), la CMA NA poursuit la modernisation de ses centres CMA Formation avec le soutien du conseil régional et des collectivités locales. L’inauguration du site de formation La Palme à Agen est ainsi prévue le 22 mai prochain et celle de la tonnellerie du futur à Cognac devrait suivre, malgré les inquiétudes sur le financement de ces investissements par l’État.