Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Paloma, le havre de la palombe

Stéphanie Geyer-Barneix et son mari, Walter Geyer, ont conçu Paloma, un projet authentique dédié à la biodiversité landaise à Léon. Ouverture prévue au printemps 2025.

Stéphanie Geyer-Barneix © Matthieu Sartre

Son nom évoque plutôt l’océan, les défis surhumains à ramer nuit et jour, les combats contre la maladie, le dépassement de soi et la résilience. Autant dire qu’il y a quelque chose d’antinomique à découvrir Stéphanie Geyer-Barneix parcourir un sentier forestier entre chênes-lièges et arbousiers, dans un embrouillamini de végétation qui fleure bon la nature landaise. Bref, à la voir ancrée sur la terre de 6 hectares acquise avec son mari, Walter Geyer, au bord du lac de Léon pour y créer un site d’écotourisme inédit, qui devrait ouvrir au printemps 2025.

Au bord de la route qui mène au lac, plusieurs panneaux détaillent le projet Paloma, traduction de palombe en gascon. Un oiseau emblématique de nos contrées, symbole de liberté et de paix, et peut-être aussi de l’envie de se poser de l’aventurière. Ici et maintenant, dans ce territoire qui lui tient tellement à cœur, et dont elle a envie de faire partager les bienfaits.

LA NATURE REINE

« Cela fait huit ans que nous travaillons à ce projet, explique Stéphanie Geyer-Barneix qui a immédiatement vu le potentiel de ce havre de nature encore préservé, non loin du lac. « Lorsque la commune a décidé de l’aménager via un prestataire privé, nous nous sommes tout de suite positionnés sur une orientation « écotourisme ». Nous étions en 2016, et il n’y avait rien à l’époque labellisé de la sorte. » Sur cet espace qui faisait partie du domaine privé de la commune, émergent dans les ronces quatre bâtiments qui datent d’avant-guerre, dont trois insalubres. Le couple qui avait géré le camping de La Civelle à Capbreton a travaillé à un projet sur un modèle de tourisme différent. « Nous voulions un projet à taille humaine, tourné vers la nature, avec une vocation pédagogique, de ressourcement et de préservation, ouvert toute l’année à différents publics y compris aux locaux. »

Après huit ans d’études sur site, le projet s’est peu à peu dessiné avec cette constante : l’homme s’adaptera à la nature et non le contraire. Des écologues participent à en faire un projet vertueux, de la conduite du chantier à la gestion de l’eau et des déchets. Des scénographes vont contribuer à en raconter l’histoire par la mise en valeur du patrimoine naturel et bâti, utilisant légendes et mythes des Landes. L’avis d’une dizaine d’experts, naturalistes, architectes, a été sollicité. Sans oublier les spécialistes des chiroptères qui vont s’employer à reconstituer une colonie de chauves-souris. « La particularité de ce site, selon les spécialistes, souligne Stéphanie Geyer-Barneix, est qu’il abrite en un espace réduit une concentration d’habitats typiques. Un programme de plantation de 1 000 arbres et arbustes endémiques sera mis en œuvre. » La biodiversité du site fera l’objet d’un suivi pendant 15 ans.

© Matthieu Sartre

© Matthieu Sartre

TOUTES SAISONS, TOUT PUBLIC

Dix-huit écolodges inspirés des palombières, bardés de pin des Landes, sans béton, démontables, vont être installés là où il y a le moins d’enjeux écologiques. L’ensemble des aménagements avec le bâtiment pour la restauration, celui réservé aux séminaires, la grange dédiée aux chauves-souris ne dépassera pas 5 % de la surface totale. Pas une voiture ne circulera sur le site. L’ensemble devrait séduire des publics très divers : l’été, des familles et des amoureux de la nature désireux de se ressourcer au calme avec ce qui se fait de mieux en matière de prestations hôtelières. Ils pourront, – ou pas – s’adonner à une vingtaine d’activités douces inspirées par ce terrain de jeu fabuleux. En ailes de saison, sont plutôt attendus des groupes pour des séminaires, des sportifs en quête de remise en forme, des universitaires qui participent à des programmes de recherche sur la biodiversité. L’idée étant en prime de faire intervenir les scolaires, les locaux pour observer et inventorier la faune et la flore. D’en faire un lieu ouvert et participatif. L’hiver, dans le calme absolu, Paloma pourra enfin accueillir des publics fragilisés par la maladie ou la vie, qui viendront s’y reconstruire.

ÉDUCATION, SANTÉ, RECHERCHE

Comme toujours lorsqu’elle a entrepris des traversées, Stéphanie Geyer-Barneix a été soucieuse d’y associer des programmes de recherche, et ce sera le cas aussi avec Paloma. « Des spécialistes, des médecins cherchent à comprendre, analyser et documenter de manière scientifique le processus de réhabilitation des personnes malades à partir de leur immersion dans la biodiversité. »

Un deuxième programme de recherche qui devrait être mené avec l’Institut du sein, concernerait les personnes qui sortent d’opérations, de chimiothérapies, afin de comparer leur faculté de récupération quand elles sont en immersion dans la nature avec des activités adaptées ou quand elles passent leur convalescence chez elles. « Le docteur Patrick Joyeux qui me suit aimerait avoir ces données. Nous sommes en train de déposer un dossier pour être projet pilote. »

Innovant sur chacun de ses volets, ce projet est en cours d’étude pour des financements européens notamment. L’investissement pour la partie aménagement et construction s’élève à 4,7 millions d’euros. Paloma a beau afficher les ambitions les plus vertueuses, le projet n’est pas exempt de recours en justice. Recours qui ne sont pas suspensifs et sont actuellement à l’étude. Stéphanie Geyer-Barneix et Walter Geyer considèrent pour leur part que le projet s’inscrit totalement dans les objectifs du plan national « Destination France » à travers lequel Emmanuel Macron souhaite que la France devienne la première destination de tourisme durable.

En parallèle, Stéphanie Geyer-Barneix a créé une association Paloma 4.0 pour promouvoir le bien-être physique et mental, en connectant les individus à la nature. Son nouveau défi sur la terre ferme.