Couverture du journal du 17/10/2020 Consulter le journal

L’ENTREPRISE, COMME UNE ÉVIDENCE

Lionel Barberis, ingénieur en bâtiment passé par la fonction publique, reprend la SARL Dupouy charpente à Ondres, avec la volonté de la développer prudemment en impliquant les salariés.

Lionel BARBERIS

Lionel BARBERIS Repreneur de la SARL Dupouy charpente, à Ondres

Cette reprise m’apparaît aujourd’hui comme une évidence », glisse Lionel Barberis entre deux commentaires satisfaits sur le déroulement de l’opération. À 46 ans, il a pris les rênes, début juillet, de la SARL Dupouy, créée il y a un demi-siècle par Georges  Dupouy à Ondres. Avec 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires, cette structure « à taille humaine » de 15 salariés, bénéficiant d’une belle réputation dans la charpente, la couverture et l’ossature bois, sur les maisons neuves, les surélévations, les agrandissements ou les architectures complexes, lui est chaudement recommandée, en avril 2019, par la chambre de métiers et de l’artisanat des Landes. Il enchaîne rapidement sur un entretien avec le fondateur. Prévu pour une heure, il en dure trois. « Une vraie et belle rencontre entre gens qui s’apprécient, témoigne Lionel Barberis. Pour pérenniser son entreprise, à 72 ans, Georges Dupouy  cherchait un entrepreneur qui sache à la fois mener les hommes et les projets ». En visitant l’atelier de 5 000 m2, doté d’une machine à commande numérique qui permet de tailler les éléments de charpente et d’un vaste espace de stockage, les camions  équipés, et en rencontrant aussi bien dans le bureau d’études, le secrétariat, que sur les chantiers des professionnels « qui savent  travailler », il n’hésite pas à se lancer.

En un an, la reprise se prépare à base de rencontres avec la banque historique de l’entreprise  sur le plan de financement, avec les experts comptables sur le business plan et le plan de trésorerie, le dirigeant et les salariés… «  Tous les acteurs se sont mobilisés pour que tout se passe de la meilleure manière possible. Aujourd’hui, pas de mauvaise surprise,  avec un cédant bienveillant sans être intrusif, qui m’accompagne auprès des clients. Déjà visionnaire sur la mutation  numérique de l’activité, il n’a pas hésité à investir dans les machines pour que le démarrage se fasse avec le matériel adéquat », se réjouit-il.

Je ne suis qu’un chef d’orchestre, une pièce de l’échiquier

En dépit de la fermeture d’un mois pendant le confinement, tout se déroule effectivement comme prévu, avec un carnet de  commandes garni pour le prochain semestre. « Nous travaillons beaucoup en extérieur et nous nous organisons en fonction des  contraintes sanitaires », souligne l’entrepreneur qui suit en parallèle une formation auprès de la fédération compagnonnique  d’Anglet pour approfondir ses connaissances en matière de charpente. « Je retourne à mes premières amours : la construction ».  Diplômé de l’école nationale d’ingénieur de Saint-Étienne, dans le bâtiment et les travaux publics, il a débuté son parcours comme  responsable commercial des infrastructures au sein du groupe GL Events, spécialiste de l’installation de tribunes en  Europe, avant d’intégrer plusieurs communes de plus de 300 agents comme directeur général des services. « Dans l’inconscient  collectif, il est difficile de passer de la fonction publique à l’entrepreneuriat, observe-t-il. Et pourtant, si dans l’entreprise on gère le compliqué avec une vision industrielle, dans le public on apprend à gérer le complexe, à appréhender l’organisation sous beaucoup plus de facettes ». Il n’est guère étonnant que parmi les axes de développement, le nouveau dirigeant de l’entreprise qui  intervient auprès des promoteurs, des architectes et des particuliers, envisage de renforcer sa présence sur les marchés  publics. S’il réfléchit également avec différents partenaires sur de nouvelles utilisations des ressources dont dispose déjà la  structure pour développer le chiffre d’affaires, le repreneur reste prudent : « Si nous restons sur un secteur géographique préservé, quid d’une crise économique majeure  d’ici un an ? Le business plan prévoit une évolution raisonnée en fonction de  l’activité actuelle. Les nouvelles idées viendront en plus ».

Des perspectives qui passent pour lui par une vision globale qui associe  pleinement les salariés : « Je ne suis qu’un chef d’orchestre, une des pièces de l’échiquier. Nous disposons aujourd’hui du matériel  adapté, de gens motivés qui aiment leur métier. Il faut continuer à les intéresser en leur donnant envie avec une vision positive de  l’activité. Ma priorité c’est de les valoriser, surtout quand je les entends dire : « l’entreprise c’est nous ».