Couverture du journal du 01/10/2022 Consulter le journal

Le You-F festival « se met au travail »

Pour sa troisième édition, les 23 et 24 septembre à Narrosse, le You-F festival interroge la jeunesse sur le sens qu’elle donne au travail. Au programme : 10 temps d’échanges et de débats avec une vingtaine d’intervenants de marque. Parmi eux, Matthieu Fleurance du collectif Travailler moins, et le très médiatique Clément Corselle, le plus jeune créateur d’entreprise de l’Hexagone. Décapant.

You-F festival

© H. R.

Le You-F, forum international de la jeunesse, a d’emblée trouvé sa place dans le cercle très fermé des « gros festivals » pour la qualité de ses concerts, mais aussi, et surtout parce qu’à travers ses conférences et débats, il se positionne comme un moyen donné aux jeunes de se faire entendre. « La jeunesse ne se résigne pas et veut être un fer de lance pour penser, avec toutes les générations, un avenir meilleur, expliquent les organisateurs. Ensemble, provoquons le changement tant désiré et posons les premières pierres d’un demain qui reste à écrire. »

DU TRAVAIL POUR QUOI FAIRE ?

Lors des deux premières éditions, ils avaient notamment abordé l’environnement et le numérique. Cette année, ils s’interrogent : « Du travail, pour qui et pour quoi faire ? » Pour apporter des éléments de réponse à ces questions existentielles et recueillir l’avis du plus grand nombre de jeunes, ils ont été jusqu’à inventer des formats d’expression originaux. « Le procès du siècle », avec avocat, témoins, juges… mettra au banc des accusés le travail forcé (25 millions de personnes concernées dans le monde) et le recours au travail des enfants. « Les arènes de débat », avec deux équipes qui s’affrontent et un arbitre, autour d’interrogations comme : « Peut-on être heureux au travail ? », « CAC40 ou 40Landes, pour qui bosser ? ».

Avec « Landes X », façon TEDx, 15 minutes seront offertes à celui ou à celle qui veut faire partager « une expérience exceptionnelle, unique et innovante qui pourrait inspirer le monde ». Le vendredi après-midi, les lycéens et étudiants du département prendront la parole et deviendront les animateurs des débats avec notamment la participation de plusieurs entrepreneurs landais (FMS, Akuo, Biscaïa, Materrup, Safran) : « Le travail est-il genré ? », « Peut-on produire sans détruire ? »,

« Réussir sans mérite ou mériter de réussir, tous les mêmes chances ? ».

Enfin, avec « Change my mind », un tableau et un micro sont mis à disposition pour s’exprimer de façon débridée, dans le style : « Faire un drama sur Insta, c’est pas un métier ! » ou « Quand j’étais petit, je voulais être astronaute, aujourd’hui je veux juste du taf ! »

You-F festival

© H. R.

Programmation complète et réservation sur youffestival.com

23 et 24 septembre Place de la Mairie Narrosse

Forum (gratuit) : 13 h à 19 h 30 Festival (payant) : 19 h 30 à 2 h

(Pass 1 jour : 25 euros, Pass 2 jours : 36 euros)

You-F festival

Clément Corselle, plus jeune créateur d’entreprise de France © D. R.

 « POUR AVANCER, IL FAUT TRAVAILLER BEAUCOUP » Clément Corselle (18 ans), plus jeune créateur d’entreprise de France

Les Annonces Landaises : Quelles sont les raisons qui vous ont incité à créer Digicomarket, votre entreprise de marketing digital, dans la région lilloise, alors que vous étiez encore au lycée ? Et comment expliquez-vous sa croissance ?

Clément Corselle : J’ai toujours été passionné par le web. Je me suis auto-formé grâce aux livres et à internet, et à 15 ans, je créais déjà des sites. Un chef d’entreprise m’a conseillé de le faire professionnellement, car en France, seule une entreprise sur trois est digitalisée. Aujourd’hui, je travaille avec une quinzaine d’indépendants. Nous essayons de rendre nos services les plus accessibles possible. La transparence de nos tarifs est essentielle pour établir des relations de confiance avec les clients. La création d’une agence à Montréal nous permet d’être disponibles 24 h sur 24 et nous avons des projets à Dubaï.

LAL : Fort de cette expérience, quel message souhaiteriez-vous faire passer aux participants du You-F festival ?

C.C. : Le premier message, c’est que tout est possible, même à 16 ans. La création d’entreprise pour un mineur est compliquée, mais dans le monde du digital, être jeune est une force. Nous avons grandi avec, alors les entrepreneurs nous font confiance. Le deuxième conseil, c’est de travailler beaucoup en optimisant son temps. Il est plus important de faire de la prospection, notamment grâce au bouche-à-oreille, que de la recherche d’abonnés sur les réseaux sociaux.

LAL : Depuis la pandémie de Covid, les employeurs ont du mal à recruter. Pensez-vous que ce phénomène s’explique par une dépréciation de la valeur travail ?

C.C. : La crise sanitaire a ouvert les yeux de nombreuses personnes. Pour beaucoup le calcul est simple. Aujourd’hui, avec le coût des déplacements, du baby-sitting, des impôts… il est plus rentable de profiter du chômage en gardant une certaine qualité de vie que de travailler pour un Smic. Par ailleurs, pour les entrepreneurs français, le coût de l’embauche est exorbitant. Au Canada, c’est beaucoup plus simple. Il faudrait faire évoluer tout cela avant d’aller dans le mur.

You-F festival Matthieu Fleurance, Collectif Travailler moins

Matthieu Fleurance, Collectif Travailler moins © D. R.

 « APPRENDRE A DETRAVAILLER » Matthieu Fleurance (31 ans), Collectif Travailler moins

Les Annonces Landaises : Selon vous, le travail est « de moins en moins adapté à l’évolution de nos sociétés occidentales ». La solution serait-elle d’éliminer le travail de nos vies ?

Matthieu Fleurance : Je suggère de détravailler, c’est-à-dire de moins vendre son temps et de travailler moins sans exploiter les autres. La rencontre de centaines de jeunes m’a donné une vision très négative du travail marchand, du travail contraint. La fusion du travail et de la passion est rare. La recrudescence des phénomènes de burn-out, de bore-out ou des jobs à la con et la crainte d’être remplacé par un robot sont angoissantes. Depuis le XVIIIe siècle, on nous explique que l’emploi est la seule façon de faire société. Il faut aujourd’hui sortir du modèle capitaliste et inventer autre chose. L’entreprise sociale et solidaire malheureusement ne représente que 15 % de l’activité économique. 50 % des Hollandais travaillent à temps partiel. En France, l’individu est identifié à son métier et la tendance est à travailler plus. Il nous faut développer la coopération, la non marchandisation et que les activités en dehors du travail soient mieux reconnues.

LAL : Quelle est votre expérience personnelle ?

M.F. : J’ai fait des choix radicaux. Je fais comme les très riches. J’ai décidé de démarchandiser mon temps, une idée forte de la décroissance. Je suis issu d’une famille modeste. J’ai appris à faire des économies et, pendant les 10 dernières années, j’ai travaillé en me contentant de peu. Aujourd’hui, mon épargne me permet d’être bénévole à temps plein. Mais je suis différent des frugalistes qui ont une conception libérale et individuelle et veulent devenir riches et célèbres au détriment des autres. Je prône une méthode collective, politique. Il s’agit de travailler moins sans exploiter les autres.

LAL : Quels messages souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes « Youfeurs » ?

M.F. : Avant tout, ne pas écouter ses parents. Ils basent leurs conseils sur une époque révolue. Lire quelques bouquins de sociologues qui analysent le monde. Suivre les médias indépendants. Ne pas se laisser berner par l’image, miroir aux alouettes, du jeune chef d’entreprise qui a réussi. S’organiser avec les gens de sa bande pour ne pas rester isolé. Mettre en place des solutions mutualisées – je pense notamment à la colocation – et, de temps en temps, se déconnecter. contact@travaillermoins.fr