Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

La Guinguette de Boulogne : le goût des défis

Un gîte à Herm auquel s’adosse un local médical, et maintenant une guinguette à Dax sur les terres de la famille Albaladejo, 70 ans après un premier dancing ici, en bords d'Adour. Depuis quelques années, Carine et Manuel Charrinho, et leurs associés, aiment faire des paris.

Guinguette

© D.R.

Il y a encore un an, elle ne connaissait même pas le bois de Boulogne à Dax. Coiffeuse à domicile à Herm, à 15 km de la cité thermale, après des années à Soustons, Carine Charrinho y passe aujourd’hui le plus clair de son temps. Avec « Manu », son époux jusqu’alors salarié dans le BTP, et Caroline Soulu, une amie, ils ont ouvert la Guinguette de Boulogne mi-avril. « On avait vu de belles guinguettes sur les bords de Loire près de chez ma belle-mère à Tours et quand on est revenu ici, j’ai dit : « Il faut en ouvrir une, il n’y en a plus ! » ». Les lieux – le restaurant qui s’y trouvait est fermé depuis trois ans -, ont donc commencé à revivre. « On avait appelé Jennifer Albaladejo pour savoir si c’était possible, elle a adoré l’idée alors que ses grands-parents [le célèbre rugbyman Pierre Albaladejo et sa femme « Mouche », NDLR], avaient ouvert ici une guinguette en 1954. » Le lieu rêvé pour se lancer, en face du camping familial des Chênes et devant un petit lac en contre-Adour.

THÉ DANSANT, JEUX D’ANTAN ET SOIRÉE DJ

En location-gérance, le trio a misé sur le plancher de danse extérieur, la tante nomade qui est le plus gros investissement (autour de 10 000 euros), et dans la décoration champêtre de la salle intérieure, un repli en cas de mauvais temps avec ses vieilles pochettes de vinyles au mur. Repas du midi, thé dansant et jeux d’antan l’après-midi (marelle, chamboule-tout, course en sac… « pour éviter les écrans ! ») avec bientôt des glaces, crêpes et barbe à papa, des soirées latines avec cours de danses le vendredi soir, des soirées à thèmes avec DJ le samedi autour du brasero et côtes de bœuf, une ambiance chill le dimanche pour le brunch avec exposition d’artistes locaux. Les 15 et 16 juin, un marché artisanal y sera aussi proposé avec Nouvelle Vague. Et pour le 14 juillet, est annoncé un festival SBK (salsa, bachata et kizomba) sur trois jours avec possibilité de loger au camping Albaladejo en face : « On est complémentaire, ils sont très contents qu’on fasse des animations ! »

De quoi attirer une clientèle variée, des curistes aux familles et aux gens du coin aimant danser, y compris des Bayonnais et des Montois, pour « une guinguette à la bonne franquette ». Une évolution somme toute assez logique pour Carine Charrinho dont les parents ont tenu des hôtels-restaurants, campings et un bar snack entre Mont-de-Marsan et Soustons. Pourtant, à l’époque, quand ils ont vendu leur dernière affaire, « ils me l’auraient donnée que je n’en aurai pas voulu », se rappelle-t-elle, heureuse d’avoir eu l’aval de son père pour ce nouveau projet avant qu’il quitte ce monde : « Il m’a dit : « J’aurais été plus jeune, je l’aurais fait ! »

Guinguette

© J. D.

 

GÎTE DE FRANCE POUR OUVRIERS ET TOURISTES

Le couple Charrinho n’en est pas à son coup d’essai dans les défis. Neuf mois après leur rencontre, après qu’elle lui ait demandé sa main pour leur mariage en août 2018, ils enchaînaient sur le coulage de la chape de deux maisons mitoyennes pour les revendre. Puis de rénover une bâtisse des années 1950 à Gourbera pour y faire leur cocon quand à quelques kilomètres de là, ils reprenaient une vieille maison landaise pour la transformer en gîte avec local médical attenant. « Je coupais les cheveux de papi Paul qui en était propriétaire à Hinx. Avec l’âge, il n’arrivait pas à finir les travaux pour accueillir des infirmières et kinés. Quand il m’a dit j’arrête, je lui ai demandé s’il ne voulait pas me vendre le tout ! En étant artisan à mon compte, il faut bien que je prépare ma retraite, d’où ces investissements », dit-elle, associée sur ce projet à son mari et à Patrice Rambour, cogérant de Gifi à Saint-Paul-lès-Dax.

Après de beaux travaux de rénovation, la « Villa Paul » est devenue Gîte de France, logeant l’hiver des ouvriers venant travailler dans les usines voisines, des curistes à la saison thermale ou des touristes qui peuvent se partager les cinq chambres.

« UN GRAND CHAMBOULEMENT »

Les difficultés surmontées

« Dommage que les banques ne jouent pas le jeu alors qu’on était en plus soutenus par la Ville qui est ravie qu’on mène ce projet et par le Grand Dax qui nous a aidés pour les aménagements extérieurs. Pour les prêts, ça a été très, très compliqué mais on a fini par trouver. »

Ouvrir un restaurant guinguette avec des amplitudes horaires longues, c’est aussi « un grand chamboulement au niveau de la vie de famille, surtout avec des enfants encore petits ».

La communication

« J’ai pris une agence de communication locale pour faire les flyers, être présent sur les réseaux sociaux, et me décharger mentalement de ce poste important. Avec notre emplacement et le bouche-à-oreille, on a aussi déjà beaucoup de demandes pour des soirées privées, comme une soirée blanche d’infirmières ou des repas de groupes. On peut aussi faire des repas d’entreprises. »