Couverture du journal du 21/01/2023 Le magazine de la semaine

Entreprise : « Il faut s’adapter », interview avec Patricia Vialle, présidente du Medef 40

Alors que les entreprises doivent faire face à la fois à la flambée des coûts de l’énergie et des matières premières, aux difficultés d’approvisionnement et de recrutement, tour d’horizon avec Patricia Vialle, nouvelle présidente du Medef 40 qui tiendra son assemblée générale le 27 octobre prochain.

Patricia VIALLE, présidente du Medef 40

Patricia VIALLE, présidente du Medef 40 © Bernard Dugros

Les Annonces Landaises : Dès votre élection à la présidence du Medef 40, le 17 juin dernier, vous avez rencontré les présidents des branches professionnelles landaises. Quelles sont leurs principales préoccupations ?

Patricia Vialle : Après deux ans de crise Covid, avec l’Europe désormais touchée de plein fouet par la guerre en Ukraine, les problèmes majeurs portent aujourd’hui sur les approvisionnements, l’augmentation des cours des matières premières et de l’énergie, auxquels viennent s’ajouter les difficultés de recrutement. Certaines entreprises doivent même réduire leur activité de 50 % par manque de personnel permanent ou saisonnier. Or, si l’on ne produit pas, c’est le voisin qui le fait. Face à une crise qui devient structurelle, nous sommes contraints de revoir nos modèles économiques.

LAL : En matière d’énergie, comment les entrepreneurs abordent-il le plan de sobriété auquel les incite le gouvernement ?

P.V. : Les chefs d’entreprise n’ont pas attendu les injonctions gouvernementales pour prendre des mesures de sobriété, alors que nous savons que l’approvisionnement énergétique en France est fragilisé à l’approche de l’hiver.

Mais l’énergie est l’affaire de tous ! Comme nous a invité à le faire la Première ministre, Élisabeth Borne, les entreprises vont nommer « un ambassadeur de la sobriété » sur le modèle des référents Covid-19 et établir leurs propres plans de sobriété.

Nous ferons notre part, notamment en fixant la température à 19 degrés dans les bureaux, en gérant l’éclairage, en adaptant nos process de production, en incitant à mettre en place des transports alternatifs à la voiture individuelle, en revoyant nos organisations de travail au sein des entreprises.

LAL : Face aux difficultés de recrutement dans la plupart des secteurs d’activité, le président national du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, présente la réforme du régime de l’assurance chômage comme prioritaire…

P.V. : L’un des leviers pour améliorer l’emploi réside en effet dans une réforme de l’assurance chômage : dans les périodes où le marché est créateur, il convient d’avoir des règles plus incitatives, et des règles plus protectrices quand le marché est compliqué.

Plusieurs pistes peuvent donc être envisagées, notamment agir sur le nombre de mois nécessaires à l’ouverture des droits, réduire le montant de l’indemnisation de façon progressive… Mais il est indispensable de prendre toute mesure utile pour parvenir au plein emploi !

Face à une crise qui devient structurelle, nous sommes contraints de revoir nos modèles économiques

LAL : Comment analysez-vous la tendance de désaffection pour l’emploi salarié ? Quelles solutions mettre en œuvre au sein des entreprises pour y remédier ?

P.V. : Effectivement, la rémunération aujourd’hui, n’est même plus parlante. Quand les PME – qui n’ont pas toujours le luxe de s’aligner sur les grands groupes – proposent de beaux salaires, elles ne parviennent pas pour autant à recruter. Nous devons travailler aussi sur la qualité des missions et des tâches proposées. Il faut s’adapter. Peut-être arrêter de vouloir fidéliser. Pour les étudiants diplômés, par exemple, il faut partir du postulat qu’ils resteront deux ou trois ans et qu’après, ils partiront. « On veut garder notre liberté », disent-ils quand on leur propose un CDI. Cette volonté de liberté se retrouve dans les chiffres : sur 995 000 créations d’entreprises en France en 2021, 665 000 sont des auto-entrepreneurs. Quand elles le peuvent, les PME se retournent vers l’externalisation de ce qui n’entre pas dans leur cœur de métier.

« LA FRANCE SOUS VOS YEUX »

Jérôme Fourquet sera l’invité du Medef 40, à l’occasion de son assemblée générale, le 27 octobre prochain, au casino de Capbreton. Le politologue, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, co-auteur de « La France sous nos yeux » (éditions du Seuil, 2021), y reviendra sur la géographie de la vie quotidienne de la France contemporaine qu’il livre dans l’ouvrage.

LAL : Quels seront vos principaux axes de travail sur votre mandat au sein du Medef 40 ?

P.V. : Notre objectif est d’apporter un maximum d’éléments et d’aides sur les enjeux essentiels pour les entreprises aujourd’hui : le recrutement, la transition écologique et numérique, la souveraineté économique, la RSE, mais également sur toutes les obligations des dirigeants en matière de sécurité des salariés, la renégociation des Prêts garantis par l’État, comment accompagner les salariés dans la crise…

Nous accueillons de plus en plus de jeunes chefs d’entreprise qui découvrent qu’il s’agit d’un métier à part entière, il est également important pour nous de les accompagner, en lien avec nos différents partenaires.

Les chefs d’entreprise n’ont pas attendu les injonctions gouvernementales pour prendre des mesures de sobriété

LAL : Une thématique qui vous tient à cœur ?

P.V. : Je suis particulièrement sensible au thème de l’inclusion. On parle toujours d’insertion. Dans ce cas, la personne qui arrive chez vous doit se mettre au diapason des règles établies. Dans l’inclusion, il s’agit de prendre la personne dans sa diversité, avec sa nouvelle façon de voir, de penser, de travailler. Je pense que c’est une richesse. Nous avons une vice-présidente dédiée à cette thématique. En effet, les entreprises sont les premières ambassadrices de cette diversité. Aujourd’hui, nous sommes obligés d’aller de l’avant et de lever toutes ces barrières.

Patricia VIALLE, présidente du Medef 40 © Bernard Dugros

Patricia VIALLE, présidente du Medef 40 © Bernard Dugros

PATRICIA VIALLE PARCOURS

« Je n’étais pas destinée à l’entreprise », sourit cette juriste qui a repris des études de psychologie après la naissance de ses trois filles. Avec sa double casquette en droit social et ressources humaines, elle dirige, depuis 2011, l’entreprise familiale de plumes et duvets Abel Crabos, présidée par son mari, Olivier Martin, à Saint-Sever.

Entrée au Medef en 2017, elle était vice-présidente du Medef 40 depuis trois ans et succède à Christian Laffont à sa présidence pour un mandat de deux ans.

MEDEF 40 UN BUREAU, DES MISSIONS

Patricia Vialle (Établissements Abel Crabos, à Saint-Sever), présidente

Jean Laffontan (Manufacture des bois landais, à Buglose), secrétaire

Pierre-Yves Bermudes (cabinet d’assurances Bermudes-Darricau à Hagetmau), trésorier

Dominique Bergeon-Durquety, (A2 Prévention, à Tarnos), vice-présidente déléguée à l’inclusion

Ikram Moreno (Gonelle, à Oeyreluy), vice-présidente déléguée aux jeunes entrepreneurs

Frédéric Marmande (Abridéal, à Angresse), vice-président délégué aux adhérents

Cédric Iso (DRT, à Dax), vice-président délégué à la transition écologique

Olivier Gauduchon (CPI Hygiène, à Haut-Mauco), vice-président délégué aux mandataires