Couverture du journal du 02/07/2024 Le nouveau magazine

Chêne-liège, le retour

Région, collectivités, organismes publics et acteurs forestiers du massif landais ont signé, à Soustons, une charte de protection et de développement de toute la filière.

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Julien Goullier-Lagadec © X. Ges

La revanche du chêne-liège a-t-elle enfin sonné ? Depuis le temps que ceux qui défendent les multiples qualités de cet arbre emblématique du Marensin essaient de se faire entendre et relancer sa culture, l’heure semble venue de les écouter. Du moins si l’on en croit la présence conjointe et nombreuse d’acteurs publics et privés, le 12 mai, à Soustons, pour la signature d’une charte inscrivant dans le marbre, ou à défaut sur le papier, la mise en place de bonnes pratiques pour la protection du chêne-liège et le développement de la filière. Journée qui se déroulait en amont des Rencontres de la forêt, organisées dans la commune pendant le week-end qui suivait. Sans doute faut-il y voir une prise de conscience à laquelle le contexte du changement climatique, ajouté à de nouveaux paradigmes économiques, n’est pas étranger. Car le chêne-liège cumule les bons points.

Liège

Les entreprises landaises du chêne-liège allient techniques ancestrales et procédés high-tech © X. Ges

ÉCOLOGIE ET ÉCONOMIE

Entre deux orages glacés, saint Pancrace avait daigné laisser passer un rayon de soleil pour autoriser une sortie dans la forêt de Soustons et permettre à Julien Goullier-Lagadec de l’association du Liège-Gascon de faire une démonstration de levée de liège dans une suberaie communale. L’occasion de se rendre compte, tout simplement, que l’exploitation du chêne-liège avait pour insigne avantage de ne pas l’éliminer du paysage. Et de préciser par la voix de ses « avocats » qu’il n’était en rien en concurrence avec le pin maritime, mais pouvait en être un précieux allié. S’adaptant mieux au changement climatique, il résiste aussi mieux aux incendies et participe à la biodiversité.

Cette parenthèse sur le terrain faisait suite à la visite de deux entreprises soustonnaises qui lui assurent un avenir prometteur. Alliant techniques ancestrales et procédés high-tech, Au Liégeur et Agglolux fournissent la meilleure démonstration des nombreuses applications du liège et de ses débouchés dans les domaines allant du bouchage à l’isolation, de la décoration aux joints d’étanchéité, de l’industrie au secteur du luxe. Preuve qu’à l’heure des circuits courts et des boucles vertueuses, la préservation et la régénération de cette ressource s’inscrivent aussi dans une dynamique de performance.

Autant de perspectives qui ont motivé Frédérique Charpenel, maire de la commune, à organiser une journée dédiée au chêne-liège et d’inviter, en compagnie d’Henri Sabarot, conseiller régional délégué à la forêt au bois et au littoral, tous ceux qui en amont et en aval de la filière peuvent participer à la revalorisation de cette espèce, à signer cette fameuse charte. « Et la nouveauté, notait la maire de Soustons, c’est que par rapport aux nombreuses tentatives de relance, cette fois, acteurs privés et publics, sont réunis. » Du représentant de l’État en la personne du sous-préfet de Dax aux communes où poussent des chênes-lièges, sans oublier le syndicat des sylviculteurs, l’ONF, le pôle de compétitivité Xylofutur, les chasseurs et la Sepanso…

PÉRIODE CHARNIÈRE

Une présence significative d’une prise de conscience collective à une période charnière : les industriels « liégeurs » néo-aquitains souhaitent renouer avec l’utilisation de cette ressource locale et regagner en indépendance face à la concurrence européenne. D’où cette initiative commune entre la région et l’association du Liège-Gascon qui fixe deux grands principes : mettre en valeur et protéger les chênes-lièges en Nouvelle-Aquitaine -il existe aussi des suberaies dans le Néracais-, et promouvoir la concertation et le travail en commun de tous les acteurs concernés, qu’ils soient publics ou privés. Une gestion durable en résumé.