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Bâti ancien, un héritage qui a de l’avenir

La réhabilitation du bâti ancien, qui s’appuie sur une intelligence constructive éprouvée, permet de répondre aux défis contemporains. Entre mémoire des territoires, pluralité des paysages et exigences écologiques.

Lauriane TARASCOU, architecte-conseillère et Charline GAZEAU, chargée de l’action culturelle au Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) des Landes, organisme qui accompagne les particuliers et les collectivités locales sur la rénovation du bâti traditionnel © Louis Piquemil

Très souvent, on entend que le bâti ancien n’est plus adapté à nos modes de vie actuels. Trop sombre, humide, mal agencé… l’habitat que l’on pourrait qualifier de patrimonial est fréquemment déprécié. Pourtant, bien rénovées, ces maisons offrent de réelles solutions de confort et affirment leur histoire, leur singularité, face au phénomène de standardisation architecturale bien visible dans les quartiers pavillonnaires qui ont vu le jour ces 50 dernières années.

Un bâti adapté au contexte local

Dans l’histoire, la question de l’architecture intervient véritablement avec la sédentarisation. Pourquoi les êtres humains ont-ils construit des édifices ? Tout simplement pour aider le corps à maintenir sa température. Le toit, les murs, le feu ont donc pour fonction première de corriger le climat afin de le rendre habitable. Dans les Landes, les mêmes stratégies thermorégulatrices ont été mises en place dans l’architecture. Les éléments caractéristiques du bâti ancien témoignent d’une adaptation au climat du territoire. Ainsi, le débord de toiture protège efficacement les murs et les ouvertures de la pluie et du soleil. L’orientation de la maison et le choix d’un toit en croupe ou à pans asymétriques permettent de mieux résister aux vents dominants. Enfin, les volets offrent une protection supplémentaire contre le froid en hiver.

Par ailleurs, le territoire landais a offert aux constructeurs de nombreux matériaux locaux, un véritable « circuit court » avant l’heure. Ces matériaux que l’on qualifie aujourd’hui de biosourcés et géosourcés servaient naturellement par le passé à l’édification des maisons. Le bois de pin et de chêne était ainsi essentiel pour élaborer les structures et les ossatures ; la terre argileuse était utilisée pour fabriquer le torchis, les tuiles et les briques ; les galets, les pierres coquillières ou « l’alios » (aussi appelé « garluche ») étaient employés pour les maçonneries. La chaux, mélangée aux sables locaux, était cruciale pour tous les enduits et les liants des maçonneries. Ces solutions de constructions locales, efficacement adaptées au contexte territorial, répondant aux contraintes climatiques, économiques et sociales, ont été éprouvées. Face aux enjeux de notre temps, elles sont à revaloriser.

Des maisons plurielles aux caractéristiques singulières

Le territoire landais offre une pluralité d’entités paysagères. Répondant à cette réalité, il n’existe ainsi pas une maison landaise mais des maisons landaises, chacune adaptée à son microclimat et aux ressources disponibles. Dans cette diversité de typologies, la maison d’airial, la ferme chalossaise ou la maison basco-landaise sont sans doute parmi les plus (re)connues.

Ces demeures partagent des points communs : un volume simple, un nombre limité de pans de toiture, d’importants débords de toit et une façade principale orientée à l’est ou au sud-est. Mais, elles sont également toutes différentes par de nombreux détails qui leur confèrent leur caractère unique. Ces détails peuvent inclure des corniches simples ou à génoise ; des consoles de débords de toit finement travaillées ; des lambrequins ou des frises en bois découpé de motifs délicats ; des encadrements de fenêtres en pierre plus ou moins moulurés ; de grandes portes cochères… Les couleurs des enduits, des pans de bois ou des menuiseries, sont également essentielles et contribuent à l’identité visuelle de chacune.

Les éléments caractéristiques du bâti ancien – débord de toiture, orientation et toit en croupe, volets – témoignent d’une adaptation au climat du territoire. © Lauriane Tarascou

Faire revivre et réutiliser

Redonner vie à ces maisons anciennes implique de les adapter pour répondre aux besoins actuels, en apportant des évolutions : améliorer le confort, faire entrer davantage de lumière, optimiser les espaces, ou encore réduire la consommation énergétique. Autant d’ajustements qui permettent de concilier héritage du passé et exigences du présent. Mais comment intervenir sans gommer ou faire disparaître les caractéristiques qui rendent ces bâtis uniques ? Il ne s’agit ni de figer les maisons dans le passé, ni de copier leur apparence de manière superficielle. L’enjeu est plutôt de comprendre ce qui fait leur identité : leurs formes, leurs matériaux et la manière dont elles s’adaptent à leur environnement. Respecter le « caractère local » et l’histoire du bâti traditionnel ne signifie donc pas reproduire à l’identique.

Avant d’esquisser un projet sur un bâti ancien, il est indispensable d’observer et de comprendre l’existant. La réalisation d’un diagnostic sanitaire, mené par un bureau d’études, un architecte ou artisan expérimenté, est donc plus que conseillée. Cette étape permet d’obtenir une vision claire de l’ouvrage quant à sa structure et son mode de construction ; d’identifier les matériaux d’origine ; de repérer d’éventuelles transformations ou ajouts de matériaux inadaptés ; de détecter d’éventuelles pathologies (fissures, humidité, dégradations…). Ce diagnostic constitue une base essentielle pour intervenir de manière pertinente, en respectant le fonctionnement et l’équilibre du bâtiment.

Pour améliorer le confort des constructions anciennes, il est souvent nécessaire de repenser les espaces avec une extension. Deux approches sont alors possibles. L’extension peut être conçue en continuité, comme si elle avait toujours fait partie du bâtiment ; ou en rupture, en assumant une différence de volumes ou de matériaux. Dans les deux cas, le projet doit rester réfléchi et cohérent. Il est recommandé d’adopter une approche simple et mesurée, d’intervenir avec discrétion. L’objectif est de respecter le bâti existant sans en effacer les caractéristiques.

La luminosité est également un point essentiel aujourd’hui. Il est tout à fait envisageable de créer de nouvelles ouvertures sur un bâti à caractère patrimonial. Cependant, leur intégration doit faire l’objet d’une réflexion fine. Elle doit s’inclure dans la trame structurelle, réutilisant si possible des ouvertures existantes. De manière générale, on privilégiera des ouvertures plus hautes que larges, mieux adaptées à ce type d’architecture et visuellement plus élégantes. Enfin, l’occultation de ces ouvertures n’est pas à négliger. Les volets roulants sont de façon générale à proscrire en rénovation, car leurs coffres apparents nuisent à l’esthétique du bâti ancien. Ils peuvent être éventuellement tolérés en mise en œuvre invisible, accompagnés de volets battants ou coulissants. Outre le fait d’animer la façade, ces derniers permettent d’améliorer le confort d’usage d’un bâtiment.

Le territoire landais a offert aux constructeurs de nombreux matériaux locaux en « circuit court ». © Lauriane Tarascou

D’hier à demain, face aux enjeux climatiques

Les maisons anciennes présentent des qualités intrinsèques pour faire face au changement climatique, grâce à leurs formes architecturales et aux matériaux originellement mis en œuvre. Néanmoins, pour améliorer leur confort, la question de l’isolation est aujourd’hui primordiale.

Mieux isoler la maison permet de réduire la consommation d’énergie et d’éviter l’effet de paroi froide. Les principales pertes de chaleur s’observent par la toiture pour 30 % et par les murs pour 20 à 25 %.

Suivant l’état de la construction, certains travaux sont à privilégier. Quand la couverture est à refaire, on peut envisager une isolation de la toiture par l’extérieur. De même, si les façades nécessitent un ravalement, une isolation par l’extérieur sera possible à condition qu’elle ne masque pas les décors et n’altère pas l’esthétique du bâti. Sinon il faudra se tourner vers une solution par l’intérieur, mais celle-ci réduira la surface habitable et induira certaines précautions techniques.

Pour ces travaux, il est judicieux d’utiliser des matériaux durables tels que le liège, les billes d’argile, des enduits chaux-chanvre ou chaux-paille, de la ouate de cellulose ou de la laine de bois, matériaux parfaitement adaptés aux constructions traditionnelles.

L’objectif de la rénovation est de respecter le bâti existant sans en effacer les caractéristiques

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