Couverture du journal du 01/03/2026 Le nouveau magazine

Tarnos – Optima Aero : une seconde vie pour les hélicos

Installée à Tarnos depuis l’automne, cette filiale du groupe canadien Optima Aero a fait de la circularité son modèle économique. Son cœur d’activité : démonter les hélicoptères pour remettre leurs pièces sur le marché et lancer, en 2026, une activité de réparation.

Optima Aero, Sandra Bernard

À Tarnos, à deux pas de l’espace technologique Jean-Bertin, le nouveau site de 3 000 m² d’Optima Aero accompagne la montée en puissance de l’activité. © Anne Tautou

Sur la façade d’Optima Aero, trône un magnifique hélicoptère jaune. Mais à l’intérieur de ce temple de l’aéronautique, c’est plutôt l’univers de la pièce détachée. C’est là toute la singularité de l’entreprise. Optima Aero a fait du démantèlement d’hélicoptères son cœur de métier. Sa démarche consiste à récupérer des appareils encore opérationnels mais en fin de vie, les démonter pour en extraire les pièces. Ces dernières sont contrôlées, réparées puis recertifiées avant d’être revendues à des centres de maintenance, des ateliers de réparation ou à des constructeurs. Ce positionnement répond à une double réalité du secteur : la tension sur la disponibilité de certaines pièces et la recherche de solutions plus compétitives. « Nos clients viennent acheter des pièces certifiées « bonnes de vol », sans restriction réglementaire et à des prix plus accessibles », résume Sandra Bernard, directrice générale Europe d’Optima Aero. Et le modèle fonctionne. L’entreprise, implantée depuis trois ans en France, affiche une croissance de 30 %, pour un chiffre d’affaires d’environ 12 millions d’euros en 2025. L’équipe compte 16 salariés et doit encore s’étoffer. 

Un site à la mesure des ambitions

Pour accompagner son développement, Optima Aero, a quitté Anglet pour s’installer en octobre dernier dans un bâtiment neuf de 3 000 m² à Tarnos dont l’inauguration est prévue le 19 mai. La société a investi 5 millions d’euros dans cet outil industriel et dans des équipements adaptés. « Nous avions besoin de pousser les murs. Il nous fallait plus grand, et ce n’était pas simple à trouver », explique la dirigeante. Le choix de Tarnos s’est imposé en raison de la disponibilité du foncier et de l’environnement aéronautique, à proximité de l’espace technologique Jean-Bertin. À ces critères industriels se sont ajoutés des facteurs plus personnels. « L’attachement à la région de notre PDG, Toby Gault, a compté », précise Sandra Bernard.

Aujourd’hui dans le groupe, chaque site a un rôle bien défini. À Montréal (Canada), le siège se consacre à la maintenance des moteurs, en lien avec le fabricant Pratt & Whitney. À Dallas (États-Unis), le démantèlement d’hélicoptères fonctionne à plus grande échelle. À Tarnos, Optima Aero se spécialise dans le démantèlement de quatre modèles d’hélicoptères d’Airbus et de Léonardo (le C135, le C145, l’AS350 appelé L’Écureuil et l’AW109) et dans le développement de la MRO (maintenance, réparation et révision de pièces). Encore partiellement externalisée, cette activité est intégrée progressivement. Elle permettra de mieux maîtriser les flux, de raccourcir les délais et de consolider l’autonomie du site.

Optima Aero, Sandra Bernard

Sandra Bernard, directrice générale Europe d’Optima Aero, dévoile leur skateboard conçu à partir de composites issus de l’aéronautique. © Anne Tautou

Rien ne se perd, tout se transforme 

Dans le prolongement de ces activités, l’entreprise a imaginé une filière d’upcycling pour les éléments qui ne peuvent pas réintégrer la chaîne aéronautique. « 75 % d’un hélicoptère traité chez nous trouve une seconde vie. On vise 95 %, grâce à l’ouverture à de nouvelles filières », explique la dirigeante.

Les pièces composites, difficiles à recycler par les filières classiques, trouvent ainsi d’autres débouchés. « Nous travaillons avec des écoles, des designers ou des musées pour réutiliser certaines pièces dans des projets pédagogiques, de design ou des œuvres d’art », ajoute-t-elle. Un partenariat avec la société bayonnaise Trashboard a permis de concevoir un skateboard à partir de ces matériaux. D’autres pistes sont à l’étude, dont une planche de surf et plusieurs œuvres créées par l’artiste Delwood. « Le recyclage a un coût. Nous cherchons en partenariat avec des start-up des solutions techniques crédibles et économiquement viables, qui s’inscrivent dans la durée », souligne Sandra Bernard.

Grâce à ces nouvelles perspectives d’évolution, le site landais occupe désormais une place centrale au sein du groupe. Depuis Singapour, Céline Marchand, ancienne directrice du site d’Anglet et désormais vice-présidente, ventes et développement des affaires, pilote le déploiement de l’activité en Asie-Pacifique sur le modèle landais. De Tarnos à l’international, Optima Aero affine ainsi son projet industriel circulaire appelé à s’exporter au-delà des Landes.