Alexandre Van n’en est pas à son coup d’essai. Ancien propriétaire de bistrots parisiens dans les Xᵉ et XIᵉ arrondissements, il a délaissé la capitale après le covid pour les Deux-Sèvres où il possédait une maison de campagne. C’est là, à La Mothe-Saint-Héray, qu’il a lancé son premier projet Coloc 55 il y a deux ans et demi, dans une ancienne maison de retraite fermée depuis des années. Aujourd’hui, une quarantaine de colocataires, retraités ou proches de la retraite, y vivent (il reste une dizaine de places), et deux couples se sont même formés dans ce lieu hybride où se croisent aussi les générations avec un hôtel et un restaurant ouvert à tous.
De Paris à Dax
« Entre amis, on se disait toujours : au lieu de payer une fortune en loyer pour des petits logements, on pourrait s’acheter une grande maison et vivre ensemble », explique-t-il sur la genèse de son projet. Élevé dans une famille d’accueil de neuf enfants, Alexandre Van a toujours vécu entouré. « Le groupe, le partage, la collectivité m’ont sauvé la vie », confie l’ex-rugbyman qui a connu Dax par ses ferias avec ses copains du ballon ovale. Il a alors sauté sur l’appel à projet de la Ville concernant cette ancienne école des années 1930-1940 du quartier Saint-Vincent devenue entrepôt pour du matériel associatif.
Le bâtiment dacquois a nécessité près de deux ans de travaux pour un investissement total d’environ un million d’euros. L’ancien gymnase et les grandes salles de classe ont été transformés en un espace de vie moderne comprenant trois entrées indépendantes, 15 chambres réparties sur deux niveaux, des salons avec TV, deux grandes cuisines équipées avec plusieurs éviers et plaques de cuisson pour cuisiner selon ses envies, des buanderies avec aussi plusieurs lave et sèche-linge, et des espaces extérieurs avec un barbecue, des vélos et une voiturette sans permis mis à disposition, et inclus dans le loyer. Seules manquent assez de places de parking privatives pour tous.
Chaque chambre, de 16 à 24 m², dont deux adaptées à des couples et certaines avec terrasses privées, dispose d’un équipement complet : lit double, télévision, réfrigérateur congélateur, micro-ondes, bouilloire, salle d’eau et toilettes privées (parfois de l’autre côté du couloir), quelques meubles et la possibilité d’amener les siens en plus si besoin.
Sélection selon affinités
En janvier 2026, ils seront au moins huit, de 42 à 67 ans, dont sept femmes (« plus souvent confrontées à la solitude »), à entrer dans leur nouvelle maison partagée. « Comme dans un studio, avec 200 m² de parties communes en plus », résume le gérant qui a aussi pensé à créer un deux-pièces attenant pour accueillir en Airbnb les familles ou amis des colocataires. Depuis le lancement des inscriptions cet automne, Alexandre Van a reçu une cinquantaine de visites et une vingtaine de dossiers. Le processus de sélection est rigoureux : questionnaire de candidature, casier judiciaire vierge exigé et rencontre personnelle. « On essaie de voir les affinités. Certaines candidatures sont refusées. On sent ceux qui n’ont pas l’esprit colocation, ceux qui veulent des verrous partout… », explique-t-il, se montrant aussi plus réservé lorsque ce sont les enfants qui viennent visiter pour leurs parents.
Avec des loyers allant de 550 à 750 euros toutes charges comprises (eau, électricité, chauffage, internet, assurance, nettoyage des parties communes et vidage de lave-vaisselle par une personne passant quotidiennement pour éviter que ce soit toujours le même colocataire qui s’en charge), Coloc 55 dit viser particulièrement les personnes aux revenus ou retraites comprises entre 1 000 et 2 000 euros, avec possibilité d’APL sur ce bail individuel d’un an renouvelable par tacite reconduction.

Chambre type avec terrasse © Julie Ducourau
Cherche investisseur
« On essaie de faire aussi du social avec des prix accessibles tout en restant rentable », assure le gérant. Dans son pari sur le vivre-ensemble, l’entrepreneur imagine repousser ainsi « la solitude qui fait vieillir. Quand on reste seul, on se fait moins à manger, on grignote, parfois en pyjama toute la journée… Le monde, ça motive toujours à faire des choses. »
Et quand l’autonomie deviendra difficile ou que des colocataires se mettront en situation de danger, il sera « temps de se rapprocher de la famille » pour trouver des solutions. À La Mothe-Saint-Héray, des partenariats ont été noués avec les Ehpad du village en cas de besoin.
À Dax, Alexandre Van est déjà en train de créer une nouvelle colocation sur le boulevard Claude-Lorrain, pour une ouverture courant 2027. Mais celui qui tient jusqu’ici seul ses projets financièrement, reconnaît que « ça commence à être gros à porter ». Il cherche désormais un partenaire ou un investisseur pour continuer à développer le concept.