« La désinformation climatique ne porte pas sur l’existence du réchauffement, dont la réalité scientifique n’est plus discutée, mais sur la capacité des sociétés à en tirer, à temps, les conséquences décisionnelles. »
L’article de Bruno Léveillé sur l’adaptation territoriale au changement climatique le rappelait : décider dans l’incertitude ne signifie pas décider sans repères. Or c’est précisément ce socle de repères partagés qui se voit fragilisé. La désinformation climatique ne porte pas sur l’existence du réchauffement, dont la réalité scientifique n’est plus discutée, mais sur la capacité des sociétés à en tirer, à temps, les conséquences décisionnelles.
Une chronique ordinaire : la canicule de mai 2026
Alors que la France traversait, en mai 2026, sa troisième canicule en moins de deux mois, l’Observatoire des médias sur l’écologie a recensé 62 cas de mésinformation climatique dans les journaux et magazines d’information, entre le 23 et le 30 mai – soit près de cinq fois la moyenne hebdomadaire observée depuis le début de l’année. Trois médias se distinguaient particulièrement : CNews, Sud Radio et Europe 1 dépassaient un cas de mésinformation toutes les 20 minutes du temps d’antenne consacré au climat, CNews et Europe 1 étant en outre alimentées, pour près de la moitié des cas, par leurs propres journalistes et chroniqueurs. Un même schéma structurait la majorité des cas : doute jeté sur le caractère exceptionnel de la canicule et son lien causal avec le réchauffement, relativisation du poids des émissions nationales à l’échelle globale, sous-estimation de l’empreinte écologique de la climatisation, et disqualification de l’efficacité des dispositifs de transition comme les énergies renouvelables ou encore les zones à faibles émissions.
Désinformation, mésinformation : une distinction nécessaire
Avant d’aller plus loin, il faut d’abord distinguer désinformation et mésinformation, une distinction essentielle pour comprendre les réflexions sous-jacentes de cet article. La Commission européenne définit la « désinformation climatique comme la diffusion intentionnelle d’informations fausses ou trompeuses sur le changement climatique et sur l’action climatique », un phénomène qui va du déni pur et des théories du complot jusqu’à des formes plus insidieuses, conçues pour induire en erreur sans verser dans la négation frontale. Les services de l’État français, via les pages dédiées du ministère de la Transition écologique, reprennent une définition proche, désignant la « désinformation climatiq…