La maquette du château de Moulinsart trône au milieu de figurines de Tintin, dans la bibliothèque de son vaste bureau lumineux, où chaque fenêtre permet de jauger la silhouette ondulante du Grand Moun. « On n’avait que quelques albums à la maison, mais Tintin, ça a été extraordinaire. Ça nous a fait voyager dans notre tête ! », s’exclame Bernard Bornancin. Sur les étagères, un autre vestige de l’enfance. Le rabot en bois de son père, arrivé de Vénétie à 12 ans, et qui y usa ses mains de charpentier. La famille, nombreuse, vit à Pessac, au milieu des poules, des canards, du cochon, du potager, et d’un petit bout de vignes.
« Il y avait six bouches à nourrir. J’ai vu mes parents travailler toute leur vie. Ils étaient exceptionnels », se souvient l’entrepreneur. Le petit Bernard a du mal avec l’école et se fait renvoyer de plusieurs établissements, parfois pour quelques menues paroles insolentes. « Je n’étais pas adapté au système scolaire. J’ai arrêté très tôt, après mon certificat d’études. » Le reste de la fratrie enchaîne les diplômes. La comparaison est douloureuse. « Je suis le raté de la famille ! », se plaît-il à dire.
Langoustes du Brésil
Après un service militaire consacré à l’analyse rigoureuse des ressorts de l’ennui, Bernard Bornancin démarre sa vie active à 22 ans avec une revanche à prendre. « J’ai été embauché par une entreprise bordelaise, Doc François, qui posséd…