C’est dans la foulée des traditionnels vœux au personnel, que la présidente de la chambre d’agriculture des Landes a réuni la presse. « C’est une période très difficile. Les agriculteurs et les trésoreries sont dans le dur », rappelle Marie-Hélène Cazaubon. D’après les chiffres de l’établissement public, le revenu agricole landais de 2025 est le pire des dix années passées, avec une baisse de 43 % par rapport à la moyenne 2015-2024. « Il y a un mauvais alignement des planètes, entre les cours au plus bas, le matériel qui a pris + 50 % en cinq ans, les engrais qui ont pris + 20 % sur la même période. Les trésoreries sont au plus bas, et il y a un excès de normes. C’est ce qui est ressorti des manifestations », précise, autour de la table, Jérémy Lapeyre, troisième vice-président de la chambre d’agriculture et éleveur de porcs plein air à Orist.
La bataille de l’eau
Certes, la suspension du Mercosur, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le marché commun des pays d’Amérique du Sud, est favorablement accueillie par la chambre d’agriculture des Landes, mais cette étape n’offre pas de solution pérenne à ses yeux. « Quand on suspend le Mercosur, ça donne de l’espoir, oui. Mais ce dont on a besoin, c’est d’une suppression ! Il y a un manque de courage politique », déplore Marie-Hélène Cazaubon qui pointe du doigt l’enjeu des mois et des années à venir pour les agriculteurs landais, dans un territoire où 50 % des surfaces exploitées sont irriguées. « Le sujet majeur, c’est l’eau. On a besoin de conforter, voire d’augmenter ces volumes d’eau. L’eau est rare par moments, parfois en excédent, et ne pas pouvoir arrêter l’eau qui passe, pour nous, c’est dommageable et contre-productif. Sur l’eau, je voudrais qu’on revienne aux 208 millions de mètres cubes prélevables d’il y a quatre cinq ans ».
Le 13 janvier, pour apaiser la colère des agriculteurs, le Premier ministre annonçait un moratoire immédiat sur toutes les décisions liées à la politique de l’eau. « L’irrigation amène des cultures contractuelles », souligne Jérémy Lapeyre, « C’est de l’activité économique. Attention aux calculs rapides sur la réduction des volumes d’eau. Derrière, c’est l’agriculture landaise qui perd en activité économique et en emploi ».
450 000 euros, le coût de la DNC
Depuis décembre, les éleveurs landais sont confrontés aux interdictions de circulation des bovins au-delà de la zone réglementée imposée pour limiter la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Dieu merci, il n’y a pas eu de foyer ni de suspicion dans les Landes. Nous avons eu en temps et en heure le vaccin. Les ganadères aussi ont été moteurs pour faire les choses en temps et en heure », recontextualise Marie-Hélène Cazaubon. La quasi-intégralité du cheptel landais est désormais vaccinée. « On est grosso modo à 96 % de vaccination dans 95 % des élevages », abonde François Darbo, premier vice-président à la chambre d’agriculture. « Il y a des animaux qui sont nés entre-temps, donc il faut revenir sur les exploitations », précise-t-il.
Pour l’instant, la zone vaccinale empêche les éleveurs de sortir et de vendre leurs animaux. Les maintenir sur les exploitations a un coût (en soins, en alimentation, etc.), estimé à 450 000 euros au total, par la chambre d’agriculture des Landes. « C’est quasiment trois mois en plus sur les exploitations. On peut les mener à l’abattoir à l’intérieur de la zone vaccinale, mais au-delà c’est interdit. », souligne François Darbo. L’agriculteur, installé à Souprosse, ne cache pas son inquiétude sur les débouchés commerciaux des éleveurs landais. « Le veau laitier qui part à quinze jours en Italie pour y être engraissé, et qui ne pourra partir qu’à quatre mois, c’est pour quel débouché ? ». Il espère une recirculation totale des bêtes d’ici fin février.
Solidarité et accompagnement
Dans cette période morose, Marie-Hélène Cazaubon insiste sur les mesures d’accompagnement mises en place par la chambre pour accompagner les agriculteurs en difficulté. « Il y a une vigilance accrue sur le terrain. Du personnel a été formé pour identifier les cas les plus fragiles et pour savoir les orienter. » Tous les agriculteurs disposent du numéro de téléphone d’un technicien conseiller référent. « Ceux-ci sont très sollicités, pour des questions conjoncturelles. Par exemple : j’ai 50 hectares, je n’ai pas eu une bonne récolte, je fais quoi en 2026 ? Je continue à faire du maïs ou je fais autre chose ? », illustre François Darbo. « On a besoin d’être solidaires et bienveillants entre nous, et de trouver des solutions. Il faut savoir agir », exhorte la présidente de la chambre.
Les Landes comptent « entre 3 500 et 4 000 » agriculteurs. En 2025, la chambre a enregistré 80 installations pour 200 départs à la retraite. « On en voit aussi qui ont la quarantaine, pour qui ça devrait rouler parce qu’ils ont passé le cap de l’installation, et qui jettent l’éponge. Ça, on ne le voyait pas avant », met en garde François Darbo.