Les Annonces Landaises : Comment se porte le marché immobilier actuellement ?
Marie-Annick Daguerre : Il est très disparate. De manière classique, le littoral reste onéreux, en particulier dans le sud des Landes. Cette attractivité s’étend progressivement vers le nord (forte hausse observée à Sanguinet). À Capbreton – Hossegor, les petites surfaces prennent de la valeur, tandis que l’ancien peut baisser fortement, ce qui est étonnant. Dax et ses environs bénéficient d’une belle évolution des prix. Le territoire est confronté à une crise du logement structurelle et saisonnière. Dans le Pays basque, de nombreuses communes littorales sont désormais soumises à une réglementation très stricte sur les locations touristiques, la rendant quasi impossible sans compensation. Le secteur de Tarnos, non concerné par ces règles, peut voir sa hausse de prix s’expliquer par un report de la demande.
« À Capbreton – Hossegor, les petites surfaces prennent de la valeur, tandis que l’ancien peut baisser fortement »
LAL : Depuis le Covid, peut-on dire que le marché est redevenu raisonnable ?
M.-A. D. : Jusqu’à fin 2022, le marché immobilier, surtout sur la côte, a connu un très fort volume de transactions et une flambée des prix. À partir de 2023-2024, la hausse des taux d’intérêt a freiné les acheteurs ayant besoin de crédit, tandis que les vendeurs restaient ancrés sur les prix élevés de 2022. En 2025, le marché semble amorcer un retour à la raison, avec un léger regain de transactions, mais une reprise encore fragile.
LAL : Quel regard portez-vous sur le bail réel solidaire (BRS) ?
M.-A. D. : Bon nombre de communes dépendant de la communauté de communes de MACS (Maremne-Adour-Côte sud) développent activement des dispositifs favorisant l’accession à la propriété comme le BRS. Portés par des bailleurs sociaux, ces dispositifs permettent à des personnes qui auraient des difficultés à se loger sur le parc privé et primo-accédants d’acheter leur résidence principale à un prix bien inférieur au marché, apportant une réponse partielle à la crise du logement local.
LAL : Y a-t-il une réforme en cours ou annoncée qui inquiète ou interpelle particulièrement les notaires ?
M.-A. D. : Je dirais plutôt que le secteur du logement est aujourd’hui dans une phase d’attente, suspendu à d’éventuelles mesures de relance des pouvoirs publics. Localement, certaines communes et communautés de communes comme MACS agissent déjà, notamment en respectant les obligations de logement social, contrairement à d’autres qui préfèrent payer des pénalités. À l’échelle nationale en revanche, un véritable plan de relance du logement fait encore défaut.
LAL : Dans le contexte actuel, percevez-vous une évolution dans le domaine du patrimoine ?
M.-A. D. : La fiscalité des successions est devenue de plus en plus problématique. Les abattements parents-enfants de 100 000 euros n’ont pas évolué depuis 2012, alors que les prix ont parfois doublé, rendant la transmission très coûteuse, voire impossible sans vendre le bien pour payer les droits. Il y a dix ans la transmission était plus accessible. La situation est encore plus pénalisante pour les personnes sans enfants souhaitant transmettre à des neveux ou à des frères et sœurs, avec des droits pouvant atteindre 55 %, un sujet largement absent du débat public. Aucune réforme d’ampleur n’est engagée, la question étant souvent perçue comme concernant uniquement les plus aisés. La hausse des prix incite surtout à anticiper via des donations, notamment par démembrement, solution légale mais coûteuse à court terme.
« La fiscalité des successions est devenue de plus en plus problématique »
LAL : Comment votre métier évolue-t-il avec l’IA ?
M.-A. D. : L’IA impacte fortement le travail des notaires en facilitant la recherche, l’analyse et les tâches répétitives, ce qui permet un gain de temps réel, à condition de toujours vérifier les résultats. Elle peut automatiser certaines formalités et contrôles, notamment en matière de conformité et de lutte contre le blanchiment, mais pose des enjeux majeurs de confidentialité et de sécurité des données. En revanche, l’IA ne remplacera ni l’analyse juridique, ni le conseil humain, ni la relation de confiance avec le client, qui restent au cœur du métier. Utilisée comme un outil d’aide et non de substitution, elle doit être strictement encadrée dans une profession réglementée.
LAL : Quel est le malentendu le plus fréquent que les citoyens ont sur votre profession ?
M.-A. D. : « Ça coûte cher ! » Beaucoup pensent que le simple conseil est payant, alors qu’il est gratuit. Le notaire n’est en général rémunéré que sur les actes signés, selon des tarifs fixés par l’État. Ce malentendu dissuade encore trop de citoyens de consulter un notaire, alors que notre rôle est aussi d’informer et de conseiller avant de sécuriser juridiquement les projets. Autre confusion majeure : les fameux « frais de notaire » d’une vente immobilière. La part notariale représente une faible fraction, l’essentiel étant constitué de taxes et droits reversés à l’État et aux collectivités.

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