Couverture du journal du 01/10/2022 Consulter le journal

Au procès de l’attentat de Nice le témoignage des soeurs courage

Elles sont trois soeurs, trois jeunes femmes assises épaule contre épaule sur un banc de la salle d'audience de la cour d'assises spéciale de Paris, et le témoignage de deux d'entre elles jeudi au procès de l'attentat de Nice a...

Mémorial aux victimes de l'attentat de Nice, le 15 juillet 2016 à Nice (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - Valery HACHE)

Elles sont trois soeurs, trois jeunes femmes assises épaule contre épaule sur un banc de la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris, et le témoignage de deux d’entre elles jeudi au procès de l’attentat de Nice a ravivé des plaies qui n’arrivent pas à cicatriser.

Devant la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris, le 5 septembre 2022, où se déroule le procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Thomas SAMSON)

Le soir du 14 juillet 2016, Soad, 15 ans à l’époque, était sur la promenade des Anglais avec sa petite soeur Emma, 12 ans, leur grand-mère maternelle, leur tante et son mari. Seules Soad et Emma ont survécu.

Infographie retraçant l’attentat au camion bélier survenu sur la Promenade des Anglais à Nice le soir de la fête nationale française en 2016, dans lequel 86 personnes avaient été tuées (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Sophie RAMIS)

La France, Nice… tout cela était nouveau pour les deux jeunes filles dont la famille était alors expatriée au Gabon.

« On vivait en Afrique et on devait fêter le 14 juillet avec toute ma famille. Ma mère et ma grande soeur (Dina) sont parties en Bretagne. Moi, je suis restée à Nice avec ma petite soeur Emma, ma grand-mère et ma tata », raconte Soad à toute vitesse comme si cela allait l’aider à ne pas craquer.

« Je ne sais pas pourquoi je me suis retournée. J’ai vu une grande forme arrivée sur nous, je n’ai pas compris tout de suite ce que c’était », poursuit Soad, évoquant le camion qui a foncé sur la foule, tuant 86 personnes.

« J’étais toute seule », dit-elle. Autour de l’adolescente, c’est une panique générale. Il y a des corps démembrés. Du sang. Des cris.

« J’ai vu des gens courir. J’ai voulu courir pour rentrer chez moi », se souvient-elle. Elle n’y arrive pas, se réfugie dans un hôtel, explique confusément à une inconnue que son « papa est en Afrique ».

Elle réussit à joindre son père, lui dit ce que répètent les gens autour d’elle. « Il y a eu un attentat ». « Un attentat? je ne savais pas ce que ça voulait dire », précise-t-elle. D’Emma et des autres, elle n’a aucune nouvelle.

A la barre, sa grande soeur Dina prend le relais. Elle avait 17 ans à l’époque. 

« Je n’étais pas sur les lieux au moment de l’attentat. J’ai passé ces six dernières années dans le silence. Je n’ai jamais pu parler à qui que ce soit des émotions que j’ai ressenties en tant que victime indirecte », dit-elle. 

Emma est alors à l’hôpital, des brûlures sur tout le corps après être passée sous le camion de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Leur grand-mère et leur tante ainsi que son compagnon ont perdu la vie. C’est Dina qui apprendra ces funestes nouvelles à leur mère déjà « fragile » psychologiquement. 

Depuis, la mère de Dina, de Soad et d’Emma a déjà fait deux tentatives de suicide.

– « Des épreuves très difficiles » –

A la barre, les deux jeune filles sanglotent. On voit le dos d’Emma, restée sur le banc, secoué par le chagrin.

Dina raconte comment elle a dû gérer les émotions de sa mère. « Je ne me suis pas autorisée à ressentir les miennes », dit la jeune femme aujourd’hui âgée de 23 ans. Sa voix se brise.

« Si c’est une épreuve, vous n’êtes pas obligée de vous l’infliger », intervient doucement le président Laurent Raviot. La jeune femme poursuit son récit entre deux sanglots. En se présentant à la barre, elle avait précisé qu’elle était désormais membre des pompiers volontaires de la ville de Nice.

De retour sur leur banc, les trois soeurs sont de nouveau épaule contre épaule et l’expression s’épauler prend soudain tout son sens.

La cour a aussi entendu la lettre d’une petite fille aujourd’hui âgée de 10 ans et demi qui était avec sa mère sur la Promenade des Anglais. « J’ai vécu des épreuves très difficiles depuis le 14 juillet 2016. J’ai fait beaucoup de cauchemars », a raconté N. dans ce courrier.

« J’étais sur la Prom pour voir le feu d’artifice avec mon papa, ma petite soeur Z., la cousine de maman, des amis et maman. Un camion est arrivé, il a écrasé tout le monde. Je ne savais pas pourquoi maman m’a dit de courir pour rentrer chez nous. J’ai vu plein de gens mourir et passer sous le camion. Il y a eu beaucoup de bruits. Des corps volaient juste devant moi. C’était atroce. Depuis ce soir-là, je ne veux plus voir de feu d’artifice à Nice. Depuis j’ai peur que maman, papa et Z. meurent. J’ai très peur de certains bruits. A cause de ça, je vais chez des psychologues. Je n’arrive pas à dormir sans la lumière ». 

Des mots d’enfant qui ont bouleversé la cour.

aje/lbx/cbn

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